Les humeurs de Tietie007.

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L'ISLAMISME, CREATURE DU CAPITALISME ?

C'est souvent ce que j'entends, dans les milieux de la gauche radicale et plus généralement chez les anti-systèmes, qu'ils soient de gauche ou de droite, qui voient souvent le capitalisme derrière tous les maux sur cette planète Terre, du SIDA aux guerres en passant par le sionisme et la grêle ! Lien causal qui frise souvent le ridicule mais qui a le mérite de s'éviter d'approfondir certains maux qui touchent notre société humaine, et d'agiter l'épouvantail du capitalisme financier pour expliquer les fléaux humains, comme l'islamisme.

Cette assertion trouve son origine dans l'alliance entre les USA et la très islamique Arabie Saoudite, rapprochement qui n'a rien à voir avec l'idéologie mais avec le business du pétrole, l'argent n'ayant pas d'odeur ! Certains anti-système, comme Michel Collon, nous rappelle aussi le soutien des USA aux moudjahidins afghans contre les soviétiques, entre 1979 et 1989, mais ce soutien, encore une fois, n'avait rien d'idéologique mais était purement stratégique, faisant de l'antienne "l'ennemi de mon ennemi est mon ami" un principe diplomatique qui a toujours existé. Les USA ont, en partie, financé les combattants islamistes afghans, contre les rouges, à cause de la guerre froide, pour faire chier les soviétiques, comme ces derniers avaient soutenu Hitler, en 1939, pour emmerder les démocraties occidentales, pas pour ça que je vais accuser les communistes d'avoir crée Adolf ! Oui mais Ben Laden n'était-il pas un agent de la CIA ?  Et bien non ! Tous les spécialistes sérieux qui ont étudié Al-Qaeda, je pense à Jason Burke, Jean-Pierre Filiu ou Fabrizio Calvi ne font pas de Bennie la créature de la CIA, souvent vue, par les anti-systèmes de tous bords, comme une sorte d'organisation toute puissante qui contrôlerait tout le monde, et notamment les arabes, pour en faire leur marionnette ! Ben Laden n'a jamais été un acteur majeur du djihad afghan, il était un financier à la solde du prince saoudien Turki, ministre de l'Intérieur, pour aider la résistance afghane, alors que les américains passaient par l'ISI pakistanaise pour aider cette même résistance. OBL finançait le wahhabite Abu Sayaf, alors que la CIA, via l'ISI, aidait Hekmatyar du Hezb-e-Islami. Certes, dans le cadre de l'opération Cyclone, la CIA se montrait pleine de mansuétude envers les islamistes radicaux, comme Abdullah Azzam, créateur du Bureau de recrutement, en 1984, et chargé d'alimenter le djihad afghan par des volontaires étrangers, mais cette politique américaine relevait d'une logique de guerre froide, contre les soviétiques, et non d'un soutien idéologique à l'islamisme radical. D'ailleurs dès le retrait de l'armée rouge, en 1989, l'aide américaine à l'Afghanistan a cessé ! Quant à l'info sorti par Le Figaro, en 2001,  d'une visite d'un représentant de la CIA, à un OBL hospitalisé à Dubaï, elle est fortement mise à caution par les spécialistes, puisque cette info sortie par le journal français ne provenait que d'une seule source, et qu'elle ne fut jamais confirmée depuis.

L'islamisme, allié circonstanciel des américains durant la guerre froide ne trouve pas sa source dans le capitalisme, mais plutôt contre l'Occident et ce même capitalisme, avec la création, en 1928, des Frères Musulmans, par Hassan el-Banna, en Egypte, puis la théorisation de l'Etat islamique par le théologien pakistanais, Sayyid Maududi. Mais la matrice de tous les mouvements islamistes radicaux s'alimente chez les Frères, et surtout dans les écrits de Sayyed Qutb, islamiste égyptien qui, dans les années 60, théorisa le recours à la violence contre le "tyran mauvais musulman". Fonctionnaire du ministère égyptien de l'Education, c'est lors d'une mission pour observer le système éducatif étatsuniens, qu'il fut effrayé par le matérialisme et la cupidité des yankees et qu'il prôna un retour aux valeurs musulmanes rejetant l'Occident consumériste. 

Le développement de l'idéologie islamiste doit ensuite beaucoup à la Ligue Islamique Mondiale, créée en 1962, pilotée par les saoudiens, qui vont irriguer de leur pétrodollar$ tous les mouvements salafistes du monde musulman. On pourrait me rétorquer que la Saoudie est l'alliée des ricains et que donc, indirectement, ces derniers sont responsables du développement du fondamentalisme musulman. Mais ce genre de raisonnement tient plus du paralogisme que de la réalité. Ce n'est pas parce qu'on est allié avec un autre pays qu'on contrôle les actions politiques de ce dernier et les acteurs étatiques mondiaux, autres que les USA ont aussi leur autonomie. Du reste, les américains n'ont jamais pris très au sérieux ces mouvements islamistes radicaux, ce qui leur a coûté le 11 septembre ! 

L'action saoudienne depuis le début des années 60 a contribué à l'islamisation de certains Etats, comme le Pakistan du général Zia, en 1978 ou du régime soudanais d'Omar el-Bechir. Chez les chiites, on va aussi assister à une radicalisation religieuse, avec  la révolution islamique iranienne de Khomeiny qui s'est faite contre les USA et l'Occident. Cette islamisation des mouvements politiques arabo-musulmans est d'ailleurs frappante chez les organisations palestiniennes. Des mouvements marxistes  comme le FPLP de Georges Habache ou socialistes comme le Fatah d'Arafat  la résistance à l'Etat d'Israël s'est largement islamisée avec la création du Hezbollah libanais en 1983 et du Hamas, en 1987, 2 mouvements qui prônent la supériorité de la loi religieuse sur la loi positive. Cette islamisation des organisations palestiniennes posa d'ailleurs un dilemme à certains mouvements de gauche occidentaux, traditionnellement antisioniste et pro-palestinien, et emmena à des alliances contre-nature comme celle du très rouge Parti des Travailleurs de Belgique avec la Ligue Arabe Européenne, pour les élections de 2003, en Belgique ou à la candidate voilée présentée par le NPA, en France.

L'islamisation des sociétés arabo-musulmanes est donc due à l'action sous-terraine des Frères Musulmans, à l'argent saoudien et à l'échec des Etats-Nations post-coloniaux, miné par la corruption et le clientélisme, comme dans l'Algérie du FLN. Le djihad afghan exalta les énergies et radicalisa encore un peu plus l'action des islamistes, accouchant d'Al-Qaeda et du régime taliban (qui n'a jamais été reconnu par les USA radicalisation qui s'exacerba dans les conflits irakiens et syriens et dont l'expression violente frappa Madrid et Londres en 2004 et 2005, et Paris, aujourd'hui.

L'attentat contre Charlie Hebdo n'est donc pas un réponse circonstancielle à une présence française au Mali ou à l'action militaire contre l'Etat Islamique d'Irak, mais la conséquence d'un long processus d'islamisation des esprits et des sociétés modernes qui a commencé dans les années 1920.

 

Une vidéo tirée, du remarquable livre de Fabrizio Calvi, "11 septembre, la contre-enquête".

 


 



11/01/2015
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